[M-net] Editoriale De La Tribune 297

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Dim 2 Avr 01:15:51 PST 2006


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Loin de l'avoir impressionée, la convocation "téléphonique" du Procureur de
la République a plutôt stimulée Ould Oumère.

BONNE LECTURE



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Les dernières nominations à la présidence du CMJD et aux affaires étrangères
ont consommé le peu qui restait de l'état de grâce que le pouvoir vivait
depuis le 3 août.

En termes de vulgarité dans les 'dosages', d'inanités dans les choix et de
parasitage de la vision que nous avons de notre devenir, on ne peut faire
pire. C'est une démonstration de 'nanisme' dans la conception des affaires
de l'Etat en faisant appel aux hommes concernés. Je ne parle pas ici de
Mohamed Lemine Ould Yahya, de Haibetna Ould Sidi Haiba, de Kane Ousmane ou
de Sidi Mohamed Ould Hanenna qui ont tous une expérience et une compétence
certaine. Je parle de cette cohorte dont le dénominateur commun est d'avoir
émargé jusque-là à la Direction de la Sûreté nationale, jouant des rôles
plus ou moins avouables dans le démantèlement des organisations opposantes
sous l'ancien régime. Je parle de ceux qui sont parmi eux le symbole du faux
et de l'usage de faux (faux diplômes, jeu de rôle mal fait, faux
notabilisme). On me dit qu'il s'agit d'un dosage : il fallait remplacer
untel ici, untel (haratine) par là, un guerrier du Sharg, un guerrier de
l'Adrar, un Zawi de la Guebla ou du Sharg… Qu'est-ce que c'est cette
logique ?

Il est sûr que si la présidence du CMJD – parce qu'il s'agit de sa
responsabilité entière – avait choisi des compétences, nous n'en serions pas
à chercher des justificatifs à telle ou telle nomination. Mais l'opinion
publique nationale ne trouve aucune raison à choisir ceux-là, hormis le
mérite de l'appartenance et de la félonie (le renseignement pour les non
professionnels est associé à cela). On nous dira toujours que 'les hommes ne
sont pas importants', que 'l'essentiel est ce qui est fait par ailleurs'.
C'est en partie vrai pour un pays qui ne sort pas d'une expérience comme la
nôtre. Mais pour nous, tout recèle des signes. Surtout le choix des hommes.
Et quels signes !

L'avènement du mérite n'est donc pas au rendez-vous. Il est pourtant
l'unique preuve que nous attendons pour croire enfin que le système décrié
depuis 20 ans n'est plus là.

Pourtant, ni le CMJD ni son gouvernement de transition n'étaient tenu,
depuis le début, par le respect d'une quelconque règle de dosage. N'ayant
pas l'intention de se présenter ni de rester dans les affaires, les nouveaux
maîtres étaient venus pour changer les règles du jeu. Les améliorer, les
rationaliser, les rendre plus justes, plus acceptables. On peut comprendre
et accepter qu'au début, les membres du Conseil militaire, n'ayant pas
confiance les uns aux autres, ont cherché à 'donner' chacun un nom, une
emprunte. Ils sortaient à peine d'un système où ils furent partie prenante.
C'est pourquoi ils avaient imposé au Premier ministre, puis aux ministres,
des collaborateurs qui ne sont pas forcément les mieux indiqués. Des erreurs
ont été commises : nominations d'étrangers à la fonction publique, de faux
diplômés, de prédateurs, limogeage de compétences… Tellement flagrant qu'une
trêve a été ensuite observée dans les nominations. L'opinion avait fini par
'comprendre' que ni le Conseil ni son gouvernement n'étaient obligés de
changer tout le personnel. Même si on était sûr que le Gouvernement ne
pouvait continuer à assurer la réalisation de ses objectifs avec des
incompétences notoires. On s'était quand même résolu à supporter le reste
des hauts cadres. Et si la demande de changement dans la diplomatie était
forte, c'est pour deux raisons : les voyages du président donnaient
l'impression qu'il y avait une réelle volonté de refonder notre diplomatie,
d'où la nécessité de redéployer un personnel à même d'opérer le changement
dans le domaine, mais depuis les premières nominations on a compris que les
choix obéissaient aux critères dont le premier est la proximité parentale ou
géographique avec certains membres du CMJD ; la présence des premiers
responsables du PRDR dans des postes d'Ambassadeurs (Koweït et Egypte) avait
été dénoncée comme une injustice par les autres partis. En choisissant la
cohorte de l'autre jour, on nous donne la preuve qu'aucune amélioration dans
la vision de notre diplomatie n'est réelle ; en plus au moins quatre
'nommés' sont membres du Congrès du PRDR, un de son directoire actuel, et
tous, à part Sidi Mohamed Ould Hanenna, ont milité plus ou moins
passionnément dans les rangs du PRDS.

Il y a comme dans l'air, une sorte d'entente illicite sur cette question des
dosages. Les pouvoirs s'accommodent très facilement de ça. Les partis la
dénoncent timidement, certains la prônent. Les notables et les leaders
d'opinion traditionnels la cultivent. Chaque tribu, chaque clan, chaque
famille veut avoir 'son' poste au Gouvernement, sinon 'son' projet, sinon
'sa' direction, sinon 'son' service, sinon 'sa' banque, 'son' assurance,
'son' journal, 'son' parti, 'son' ONG… L'émiettement a commencé ici. Et si
nous continuons à lui donner les raisons qui le nourrissent en nommant des
gens sans mérite, nous pouvons être sûrs de l'éclatement du pays. Pour mieux
vous faire comprendre le processus subi par la Mauritanie, citons notre
sociologue émérite Abdel Wedoud Ould Cheikh qui écrit dans une étude
destinée à la Banque Mondiale : «Le pouvoir instauré par les militaires
(NDLR : depuis 1978), en inaugurant la rotation précipitée d'officiers guère
préparés au rôle de premier plan dans l'administration auquel ils
accédaient, dans le contexte d'une fragilisation accélérée de l'ensemble des
structures de l'Etat, a donné aussi une impulsion décisive à la corruption
et à la fusion de plus en plus nette des secteurs ''boutiquiers'' et
bureaucratiques de l'affairisme mauritanien. La brièveté, plus ou moins
clairement perçue, de la durée de vie aux postes de quelque importance dans
l'appareil politico-administratif, viendra, en effet, stimuler une absence
de scrupule largement «comprise» par la *vox populi* qui tendait à y voir un
comportement positif, ''viril'' (*at-tfagrîsh*), opposé à la
faiblesse, à  ''l'idiotie''
(*vsayyid*), même consistant à croire qu'il existe précisément quelque chose
comme un ''bien public''».

Mais le plus grave, c'est que «le système tribal semble se prêter assez mal
à tout effort visant à instaurer un leadership stable. Il manifeste plutôt
une propension notoire à la fission, à la composition d'unités autonomes qui
expriment généralement leur volonté d'indépendance en mettant en avant des
liens, une proximité généalogiques, spécifiques et plus ou moins articulés
autour de la compétition entre ''cousins''». D'où les grands risques
d'éclatement.

La politique des dosages ne doit en aucun cas être une règle du jeu
cherchant à faire des équilibres dans un pays comme le nôtre. Par contre la
recherche de critères objectifs, notamment la compétence, est la seule
garantissant la pérennité de l'Etat et la viabilité de la démocratie. C'est
une bataille pour la modernité à laquelle nous appelons à travers la
dénonciation de la politique des dosages. Nous sommes tous concernés et
chacun est appelé à dénoncer et à refuser une telle conception des affaires
de l'Etat.

Le CMJD déçoit certes, mais il lui reste un atout, un atout de taille :
l'espoir qu'il a fait naître au lendemain du 3 août, cet espoir peut encore
être entretenu. Mais il faut pour cela se libérer de l'emprise des mauvaises
consciences, du joug des mauvais génies. Nous retrouverons alors les
officiers qui ont pris le risque de nous faire rêver de nouveau.

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