[M-net] L'islam passe aux urnes en Mauritanie ( Liberation par M. Lemine OULD SALEM)
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Jeu 23 Nov 02:24:53 PST 2006
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L'islam passe aux urnes en Mauritanie
Interdits de parti, les islamistes ont des chances d'avoir des élus sur des
listes indépendantes.
Par M. Lemine OULD SALEM
QUOTIDIEN : jeudi 23 novembre 2006
Nouakchott envoyé spécial
http://www.liberation.fr/actualite/monde/218852.FR.php?rss=true
C'est un enchevêtrement sans fin de cubes de parpaings mal cimentés, de
tentes rapiécées et de bicoques fatiguées où, faute d'eau courante, la
plupart des habitants achètent le précieux liquide à des charrettes tirées
par des ânes, et pour s'éclairer, peu ont d'autres choix que la lampe à
pétrole ou la bougie. A trois kilomètres du centre de Nouakchott, Arafat,
est l'une des plus pauvres communes de Mauritanie. 60 000 âmes y vivent, la
plupart des paysans et des pasteurs chassés du «bled» par les sécheresses
successives depuis les années 70 dans ce pays aux trois quarts désertiques.
*«Vraies règles de l'islam». * *«Les conditions de vie sont extrêmement
difficiles. Il n'y a ni travail ni service public», *témoigne Leila, une
mère de famille qui habite ici depuis quinze ans. Avec d'autres femmes, elle
a tenté de monter une coopérative féminine pour faire du petit commerce,
avant d'abandonner. *«On n'avait pas les moyens de tenir. Personne ne
voulait nous aider, *se souvient-elle. *Partout on nous disait qu'il n'y
avait pas d'argent.» *Leila s'est alors tournée vers une ONG financée par
des fonds saoudiens. *«Là, on a trouvé des oreilles attentives. Non
seulement on nous a aidées, avec un vrai projet, une crèche. Mais on nous a
aussi appris à lire et à écrire, alors qu'aucune de nous n'a jamais été à
l'école. Certaines femmes qui n'ont jamais eu d'époux, ont même trouvé des
maris grâce à ces gens-là, en plus ils nous ont appris les vraies règles de
l'islam», *explique-t-elle.
Comme la plupart des Mauritaniens en âge de voter, Leila s'est rendue aux
urnes dimanche pour choisir parmi la multitude de candidats qui se
présentaient aux élections législatives et municipales, les premières depuis
le début de la transition ouverte après l'éviction par l'armée, en août
2005, du controversé président Maaouiya Ould Taya, au pouvoir durant vingt
et un ans. *«Mon choix est fait depuis longtemps. Je vote pour ceux qui sont
en mesure de changer ce pays», *dit-elle en allusion aux Réformateurs
centristes, appellation officielle du courant islamiste mauritanien. Bien
qu'interdit de parti, les Réformateurs ont pu présenter des candidats
partout, profitant de la possibilité ouverte par la loi de constituer des
listes indépendantes.
*«Il y a longtemps, ils se seraient ridiculisés. Mais là, ils ont de grandes
chances d'avoir des élus. Pas seulement à Arafat, mais dans de nombreux
coins du pays, surtout les grandes villes où la démission de l'Etat et la
dislocation des liens tribaux traditionnels rendent les gens très réceptifs
au discours islamiste», *explique Hindou Bint Ainina, rédactrice en chef du
*Calame, *un des principaux journaux du pays. *«C'est l'Etat qui est
responsable de cette situation. Non seulement, il ne s'est jamais vraiment
intéressé à ces populations misérables, mais il n'a jamais eu une politique
claire vis-à-vis des islamistes, *explique Abdallah Hormatallah, un
journaliste indépendant. *Il lui est même arrivé de jouer à fond la carte de
la religion, lorsqu'il a été tenté par l'application de la charia *[la loi
islamique, ndlr] *dans les années 80.» *
*Prédicateurs de la haine. *Les choses ont semble-t-il changé. Depuis deux
ans, une politique visant à contenir l'islamisme est appliquée par les
autorités. Plusieurs militants présumés proches d'Al-Qaeda ont été arrêtés,
certains toujours incarcérés. Les mosquées ont été placées sous la tutelle
de l'Etat. Des structures jugées proches des milieux intégristes ont été
fermées. Passée inaperçue, une nouvelle disposition constitutionnelle
introduite lors du référendum de juin, ôte à l'islam son statut d'unique
source de droit, comme c'était le cas jusqu'alors, et fait de la loi
l'expression de la volonté populaire. Les médias officiels s'en prennent
régulièrement aux prédicateurs de la haine et aux réseaux d'Al-Qaeda. *«Ce
n'est pas de la répression, ce sont des mesures de bon sens. Ce pays est à
100 % musulman et on ne peut pas laisser une minorité prendre en otage la
religion, sinon ce sera la porte ouverte à la guerre civile», *a expliqué
l'actuel chef de l'Etat, le colonel Ely Ould Mohamed Vall. Voix douce,
sourire aux lèvres et voile impeccable, Mariem, une militante islamiste ne
veut pas entendre parler du nouveau discours des autorités. *«Ils cachent
leurs carences en essayant de détourner les gens des vrais problèmes du
pays. Il n'y a ni extrémisme ni terrorisme en Mauritanie. Le seul problème
réel des Mauritaniens, c'est l'injustice, et il faut que ça change»,
*défend-elle.
Avec les islamistes bien sûr.
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