[M-net] JEUNE AFRIQUE : "OULD DADDAH SUR ORBITE PRESIDENTIELLE"

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Lun 27 Nov 04:33:58 PST 2006


 « Jeune Afrique » n° 2394- du 26 novembre au 2
décembre 2006

MAURITANIE 

Ould Daddah sur orbite présidentielle


« Tout a été très transparent », tranche Alain
Hutchinson. Le chef de la mission d’observation de
l’Union européenne n’est pas le seul à se réjouir de «
l’exemplarité » des scrutins municipal et législatif
du 19 novembre. Les deux cents observateurs
internationaux et leurs collègues mauritaniens font
tous le même constat. Même la classe politique,
longtemps sceptique, s’est rendue à l’évidence. « Nous
redoutions l’immixtion de l’administration et un fort
taux d’abstention. Rien de tout cela n’a eu lieu »,
reconnaît un leader de l’opposition à l’ex-président
Maaouiya Ould Taya (renversé en août 2005).

Le taux de participation a avoisiné 73 % et les agents
d’autorité soupçonnés de partialité le jour du vote
ont été immédiatement suspendus. Du coup, personne ne
conteste les résultats. Ces derniers créditent
l’ex-opposition regroupée au sein d’une Coalition des
forces du changement démocratique (CFCD) d’une
majorité des suffrages pour les municipales et la
place en position favorable après le premier tour des
législatives. Ses candidats ont raflé 26 sièges de
député sur les 43 déjà pourvus. La future Assemblée
nationale en comptera, au total, 95. Le second tour
est prévu le 3 décembre. 

« Dans la majorité des cas, nous sommes en ballottage
favorable », analyse l’ex-opposant Mohamed Mahmoud
Ould Lematt. Les candidats de la CFCD seront opposés
soit à des membres du Parti républicain pour la
démocratie et le renouveau (PRDR), l’héritier du PRDS,
l’ex-parti au pouvoir, qui n’a  obtenu que quatre
sièges au premier tour, soit à des indépendants.

Même si la CFCD a donc de réelles chances de remporter
la majorité des sièges dans la future assemblée, elle
n’y occupera pas une place hégémonique, contrairement
au PRDS sous l’ancien régime. Outre de nombreux
leaders de l’ancienne opposition démocratique, des
ennemis jurés d’Ould Taya comme l’ex-commandant Salah
Ould Hannena et le capitaine Abderrahmane Ould Mini,
principaux auteurs de la sanglante tentative de putsch
du 8 juin 2003, y côtoieront d’ex-caciques tels
Louleid Ould Weddad et S’ghair Ould M’Bareck, qui
furent  respectivement directeur de cabinet et Premier
ministre du président déchu. Le premier s’est présenté
comme indépendant, le second sous la bannière du PRDR.

Pour la première fois aussi, les islamistes modérés,
qui se présentaient sur des listes indépendantes faute
d’avoir obtenu l’autorisation de créer un parti, font
leur entrée au Parlement. Deux de leurs candidats sont
passés au premier tour. Deux autres sont en ballottage
favorable notamment à Tintane, dans l’est du pays. «
La transparence du scrutin n’a pas débouché sur un
raz-de-marée islamiste », se félicite un diplomate
occidental en poste à Nouakchott. Il n’y a pas eu non
plus de vote ethnique ou sectaire. Les formations
nationalistes, qu’elles soient d’obédience arabiste ou
négro-africaine, n’ont obtenu que des scores
extrêmement faibles. 

Autre bonne nouvelle : les femmes seront bien
représentées dans la nouvelle assemblée. Neuf ont été
élues dès le premier tour et une quinzaine d’autres,
au moins, devraient l’être au second . « Cela dépasse
nos espérances », pavoise une élue locale, qui impute
cette « avancée » à la décision des nouvelles
autorités d’instituer un quota de 20 % de femmes sur
les listes électorales, tant pour les municipales que
pour les législatives.

Reste à savoir si ce scrutin aura une incidence sur la
présidentielle qui, en mars prochain, mettra un terme
au processus de transition. « Si la coalition de
l’opposition respecte son engagement de présenter une
candidature unique, alors le vote du 19 novembre aura
été une sorte de primaire en son sein », estime un
observateur. 

Le grand vainqueur est sans conteste Ahmed Ould
Daddah, dont le parti, le Rassemblement des forces
démocratiques (RFD), a raflé douze sièges de députés
au premier tour et recueilli 17,87 % des suffrages
exprimés à l’échelle nationale. Désormais à la tête de
la première force politique du pays, Ould Daddah
apparaît donc, au moins pour le moment, comme le grand
favori pour mars 2007. 
Abdallah Ben Ali


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