[M-net] Le deuxième tour de tous les risques

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Mar 28 Nov 13:25:48 PST 2006


Le deuxième tour de tous les risques
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Le deuxième tour de tous les risques

La bataille du deuxième tour des élections est engagée. D'un côté, les
conservateurs qui veulent se maintenir et de l'autre, les réformateurs qui
aspirent à redonner aux Mauritaniens un nouveau goût à la liberté et à la
démocratie. La balle est dans le camp des électeurs.
 Une première lecture des résultats des élections municipales et du premier
tour des législatives nous renvoie à l'image d'un pays qui s'achemine vers
une instabilité institutionnelle certaine. Ainsi, les résultats ont fait
ressortir une nette domination des partis politiques aux censeils communaux.
Ceux-ci ont récolté 62.81% des suffrages, contre 37.19% pour les
indépendants. Au-delà de ce résultat, une réalité demeure : rien ne dit que
le parti qui sera le mieux placé ou qui a réalisé les meilleurs scores
emportera forcément la mairie. La culture du coup d'Etat, les petits
mics-macs tribaux, les intérêts mercantiles instantanés des uns et des
autres entrent généralement en jeu.

Le moment de choisir le maire est le moment le plus dangereux en Mauritanie.
C'est le meilleur moment indiqué pour « s'acheter », et à jamais, le titre
de  «* traître* ». Le cas le plus celèbre dans ce registre est celui de la
Mairie de Boghé lors des municipales de 1993. Massart qui était colistier de
l'UFD à l'époque avait fait faux bon au dernier moment en se présentant
candidat à la mairie contre le mandataire du parti de Ould Daddah. Elu,
Massar dirigera la Mairie jusqu'à sa chute. Même cas de figure à Kaédi où
Djéo arracha la Mairie, à Aïoun…




Ce bref rappel historique signifie que sur le plan municipal, les chiffres
sont tombés, mais la carte reste à reconstituer. Ceci sera aussi valable
pour l'élection indirecte des membres du sénat. C'est dire que le rapport
des Mauritaniens avec l'engagement politique reste encore très loin des
« normes »  adoptées dans les autres pays du monde. « *Trahison, si tu me
déments* ! »

Le cas de figure qui attise déjà toutes les curiosités lors de la prochaine
élection des maires est la Mairie de Nouadhibou. Ici, il semblerait que des
doutes persistent sur le respect des militants de l'APP des accords
électoraux signés avec les autres membres de la Coalition des forces
démocratiques pour le changement (CFCD). Au lieu de soutenir la liste la
mieux placée pour la Mairie, qui est en l'occurrence celle du renouveau
démocratique (RD), détenteur du meilleur score, il semblerait que certains
courants de l'APP à Nouadhibou pousseraient M. Fadel, le mandataire du
parti, à se présenter en concurrence à El Ghassem Ould Bellali. Dans ce cas
de figure, les indépendants, le PRDR et quelques autres conseillers de la
CFCD seront obligés de jouer à l'arbitre. Et le cafouillage affaiblissant la
CFCD qui s'ensuivra ne manquera certainement pas d'avoir de conséquences
graves sur fonctionnement de la CFCD au parlement, et même lors des
présidentielles de 2007 !

L'autre cas de figure le pus attendu sera la formation de la Communauté
urbaine de Nouakchott. Déjà, les petites combines commencent au niveau de la
Mairie de Tevragh Zeina. La maire sortante, Madame Mint Abdel Malec fait des
pieds et des mains pour se faire choisir au détriment du candidat le mieux
placé de la CFCD, Ahmed Ould Hamza qui sera, normalement fort du soutien des
autres membres de la Coordination. Pourvu que le Réformateurs centristes qui
lui avaient mené une guerre en sourdine sur une obscure question de boîtes
de nuit et de bars ne fassent faux-bond et soutiennent l'adversaire
attendue…Pourvu aussi que les autres membres fassent bloc commun et
respectent leur principe de base qui est d'appuyer Hamza.

 Risques

Les élections législatives, du moins dans leur premier tour, ont  donné des
résultats qui étaient plus ou moins attendus. Seulement, personne ne
s'attendait à une bataille si serrée au deuxième tour. Sur les 81 sièges à
pouvoir (hors des 14 de la liste nationale) pour la chambre basse du
parlement, seuls  29 sièges ont été repartis. Les formations politiques
raflent 19 sièges, contre 10 sièges pour les indépendants. 33
circonscriptions sont précipitées dans le deuxième tour pour la répartition
de 53 sièges à l'Assemblée. 33 listes indépendantes (dont 2 islamistes)
croiseront le fer contre 33 autres issus des partis politiques.

Cette bataille du deuxième tour sera assez déterminante pour dégager les
nouveaux rapports de force en Mauritanie. Les indépendants, incarnation
encore politiquement non déclarée du régime déchu, veulent s'imposer par la
force des choses et maintenir le cap dans un conservatisme pouvant assurer
 une oligarchie politique ancrée depuis 21 ans qui a toujours tenu en mains
la destinée du pays. En face, les forces politiques bien assises dans la
population qui voudraient pouvoir initier une panoplie de réformes
indispensables pour le pays.

Les adeptes des indépendants, défenseurs de la «* troisième vo*ie » chère au
Colonel Ely, juraient par tous les saints que les « Indépendants » ne
feraient qu'une bouchée des partis politiques. Presque sûrs que
l'administration n'allait pas observer une neutralité stricte, ils ne
s'attendaient pas à la surprise de la transparence. Ces deux  paramètres
respectés, les indépendants, éviteront, de justesse de sombrer au premier
tour. Ils feront un score plus ou moins honorable et se placent en deuxième
position, en terme de sièges derrière le RFD qui en rafle 12. Seulement, les
indépendants auront largement profité du vide laissé par les partis  dans
plusieurs zones du pays, notamment dans les deux Hodhs et quelques poches
reculées de l'Assaba, du Guidimagha et du Gorgol. Il profiteront aussi du
grand nombre de bulletins nul qui dépasserait de loin, selon certaines
indiscrétions le chiffre de 17% officiellement annoncé.

Attractions

Le test du premier tour a aussi dégagé les contours d'une cartographie plus
ou moins claire des partis politiques et leur poids plus ou moins réel sur
l'échiquier. Profitant d'une campagne bien entamée depuis le début du
processus démocratique, Ahmed Ould Daddah fait aujourd'hui figure du chef
incontesté de la première formation politique du pays, damant le pion à
Messaoud qui avait surpris plus d'un lors des élections d'octobre 2001. Pour
casser les ailes de ce leader que d'aucuns accusent de zélé, le pouvoir
avait tout fait pour le discréditer aux élections présidentielles de 2003.
Le message de Messaoud qui avait pourtant mobilisé autant de masses et de
sympathisants que tous les autres candidats, dépassant même parfois en terme
d'affluence aux meetings, ceux du chef du PRDS d'alors. Le leader de l'APP
se retrouvera crédité d'un score plus que déshonorant à la présidentielle de
novembre, totalisant, selon le MINT un peu moins de 6%. Demandez peut-être
les détails de ce décompte au ministre de l'intérieur de l'époque, Kaba Ould
Elewa, nouveau député de Kankossa, élu dès le premier tour, s'il vous plaît!

Messaoud, selon un observateur averti, risque d'être la surprise de la
prochaine présidentielle. Sanctionné par la complexité du dernier vote, il a
beaucoup pâti des bulletins nuls qui ont été enregistrés d'abord dans ses
fiefs électoraux. Des 17% de bulletins nuls officiellement déclarés, environ
11% devaient lui revenir. Faites donc vos comptes avec lui à la prochaine
élection quant la procédure sera plus simple et moins exigeante !

L'autre attraction de cette élection avait été le poids réel des islamistes
sur le terrain. Ayant fait preuve d'une grande présence, d'un grand sens de
mobilisation et d'une capacité inouïe de sensibilisation, les réformateurs
centristes ont pu mieux faire que beaucoup de formations que l'on donnait
populaires. Avec deux députés déjà en poche, ils sont au deuxième tour dans
deux circonscriptions. Il s'agit de Tamcheket et Tintane, où, pourtant, un
Conseiller du Permanent du CMJD leur avait promis «* l'écrasement* ».

Les Islamites qui font moins que l'UFP (d'une seule tête) ont devancé des
partis comme le Front populaire, le RDU et Temam. Ils font presque jeu égal
avec Hatem fort du passé désormais historique de leurs leaders, Saleh Ould
Hannena et Abderrahmane Ould Mini qui ont récolté le fruit de leur courage
téméraire dans l'acharnement à renverser Ould Taya.

L'autre grande leçon du scrutin législatif est le naufrage total des partis
d'obédience nationaliste. Le Sawab (baathiste), l'AJD et le PLEJ
(nationalite négro-africains) qui n'ont pu classer aucun député à
l'Assemblée. C'est peut-être le signe que les Mauritaniens aspirent à être
mieux représentés par des élus détachés des petites appartenances sectaires
et nationalistes, même si des nationalistes chauvins d'une renommée
certaine, sont entrés au parlement soit sous la bannière des indépendants
soit sous celle de partis politiques.

La surprise de ce scrutin demeure néanmoins la réélection haut la main de
trois des anciens caciques du régime déchu. Il s'agit de Louleid Ould Weddad
(Ouadane), directeur de cabinet et homme fort du régime pendant 20 ans et
sociétaire étroit de Ould Taya, de Kaba Ould Elewa (Kankossa), ancien
ministre de l'intérieur du régime connu pour ses relents répressifs
prononcés et Hamada Ould Meimou, ex-commissaire à la lutte contre la
pauvreté que d'aucuns qualifient du « Mauritanien le plus dépensier des
quarante dernières années ».

On le voit, les enjeux sont énormes. C'est la guerre des conservateurs qui
veulent se maintenir contre les réformateurs qui aspirent à redonner aux
Mauritaniens un nouveau goût à la liberté, à la démocratie et à la bonne
gestion pour une meilleure redistribution des richesses. La balle est dans
le camp des électeurs. A eux de choisir. Pourvu que l'administration et
l'Etat demeurent neutres. Comme ils l'avaient été au premier tour...

Omar el Moctar (L'Authentique)









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