[M-net] Fwd: [Saidou Kane] 28 novembre : de l'indépendance octroyée à l'indépendance confisquée
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Jeu 30 Nov 12:34:08 PST 2006
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From: Saidou Kane <khayar2001 at yahoo.fr>
Date: 28 nov. 2005 10:32
Subject: 28 novembre : de l'indépendance octroyée à l'indépendance
confisquée
To: "Mohamed-Ali" <Medaliveten at gmail.com>
Est-ce par simple devoir de mémoire qu'il faut rafraîchir celle de tous nos
concitoyens et des amis de la Mauritanie sur l'assassinat savamment et
froidement organisé de 28 militaires négro-mauritaniens, à Inal (nord de la
Mauritanie), le 28 novembre 1990?
Non! Cette inacceptable barbarie ne saurait être oubliée.
Elle reste vivace dans nos esprits et nos coeurs. Elle se dresse devant nous
comme pour nous obliger à mieux reconnaître le sens d'une histoire fatale à
la Mauritanie. Une histoire de destruction sauvage de son semblable. De ses
parents, voisins et compatriotes sur l'Autel de la religion de la cupidité,
de la haine et du racisme. Une histoire qui a cassé la Mauritanie en deux
pays qui se côtoient sans se parler franchement. Une Mauritanie qui ne sait
plus où elle va et se nourrit de mythes fondateurs de trajectoires qui nous
font table rase de l'essentiel : le devoir de justice à l'endroit de toutes
les victimes du principât de Ould Taya et du système de favoritisme qui, en
45 ans a transformé la Mauritanie en terre où une partie de ses citoyens
sont relégués à la seconde zone et qui, pour survivre, doivent tendre leur
sébile ou vendre leur âme à l'autre partie de citoyens.
Les morts d'Inal; des prisons-mouroirs de Oualata, dans les charniers des
villages de la Moyenne vallée, dans cette terre d'islam, tout au long de 7
années de répression sans faille, ces assassinés, ces vicimes d'un
Holocauste programmée, mais râté, demandent que justice leur soit rendu.
Leurs ayant-droits attendent, si tant qu'ils sont encore des Mauritaniens,
qu'ils soient édifiés, de la part de ceux qui veulent ré-inaugurer la
République, sur ce qui doit être fait pour les réparations des torts commis
par la République à leur égard et à celui de leurs parents massacrés par
leurs concitoyens.
Les ruptures et les râtures dans l'histoire d'une indépendance confisquée
depuis 1965, la culpabilté postcoloniale, les fuites en avant des
"intellectuels" de l'instantané, la démission des élites, le silence
coupable de tous ceux qui cherchent, coûte que coûte à arriver au pouvoir,
croyant pouvoir régler quoique ce soit s'ils y arrivaient, ne font que
consacrer les symbolisations hégémoniques convenues à ne jamais remettre en
cause. En d'autres termes, l'indépendance confisquée dans un Etat apprivoisé
par une élite ethnico-raciale et culturelle qui ne cache plus son arrogance
dans la voie royale de la sous-humanisation de l'ensemble de la Mauritanie.
Comment oser fêter en grande pompe l'anniversaire de notre indépendance
quand ceux qui l'avaient fêté en 1990 en pendant 28 enfants du pays pour
marquer ce jour d'indépendance se pavanent comme si de rien n'était?
Le temps est mûr pour une reconfiguration des armatures d'une société de
justice et de démocratie véritable, maintenant, mais pas demain.
Les tares de la société d'un côté et les torts et le silence insolent sur
ces torts commis, de l'autre, s'accommodent mal aux discours sur la bonne
gouvernance, la démocratie instituée par mimétisme et à tout universalisme
qui occulte l'arbitraire et notre histoire particulière. Le sang des
victimes du régime de terreur de Ould Taya est encore chaud et frais qui
réclame que justice soit faite.
De l'autre côté du Karakoro, sur la rive gauche du fleuve Sénégal, il y a
des mauritaniens qui attendent que leur Etat leur fasse signe sur ses
chances de revenir dignement dans leur pays et qu'ils recouvrent leurs biens
ou être justement indemnisés. Leurs revendications doivent être, si nous
discours sont en accord avec nos actes, si nos intentions sont en accord
avec notre conscience et sens de responsabilité (aussi vrai que nous ne
sommespas venus sur terre uniquement pour manger et boire; nous avons
certaienemnt une mission plus noble), notre patriotisme et foi proclamés,
nous ne sauront passer l'éponge sur la forfaîture qui a fini par tuer l'âme
de la Mauritanie qu'il faudra, coûte que coûte régénérer. Les raccourcis en
sont possibles si la volonté s'y porte pour empêcher que s'élargisse la
fracture de notre communauté nationale.
L'aternance au pouvoir doit est d'offrir l'arternative aux Mauritaniens pour
que la nouvelle infrastructure culturelle d'abord, économique et politique,
ensuite, permette de reconnaître les droits individuels et collectifs de
toutes nos composantes.
Aussi vrai que l'histoire conjoncturelle de l'Afrique est celle de la montée
de nouvelles classes hégémoniques qui ont apprivoisé l'Etat pour leurs
propres compte, en instrumentalisant les différences de tous ordres comme
discours idéologiques de leur ascension, il reste également vrai que la
prise de conscience aigüe du chef et de son entourage des dangers qui nous
guettent peut obliger à des prises de décisions salvarices.
Nos compatriotes attendent au bord du Karakoro, de l'autre côté de notre
Chamama, sur la Meuse ou le Rhin, la baie de Hudson ou du Saint Laurent, de
l'Ebre ou du Rhône, qu'un signal clair sur la fin de la philosophie qui a
soutendu le long règne de Ould Taya leur soit signifié. Il ne sert à rien
d'envoyer des délégations à Bruxelles ou à Paris si c'est pour demander que
des plaintes contre Ould Taya soient retirées. Il ne sert strictement à rien
de laisser le temps aux divers nationalismes sectaires de récupérer une
situation-archive d'un modèle qui n'a plus sa raison d'être. Ce qu'il faut,
c'est la reconnaissance des torts faits. Ce qu'il faut, entre musulman,
c'est de prôner le pardon, mais dans la reconnaissance des actes commis et
de la réparation de tous ordres. Ce qu'il faut c'est de faire repartir la
Mauritanie sur des bases justes et non pas chercher, pour conserver
insolemment la confiscation par une élite aveugle et cupide de notre
indépendance; ce qu'il faut, c'est de
réunir les Mauritaniens autour d'idées-forces et régénératrices de notre
unité nationale.
Toutes mes condoléances à la famille mauritanienne pour les massacres et les
manquements volontaires commis contre elle. Toutes mes condoléances aux
vitimes directes de cette forfaiture du régime de Ould Taya.
Toutes mes doléances pour une autre Mauritanie de justice vont à tous ceux
qui sont épris de justice et de paix et qui ont une conscience aiguë de
leurs devoirs pour s'atteler définitivement à mettre fin aux crispations
nationationalitaires, les distantiations ethniques, raciales, tribales et
sociales.
Saïdou Kane
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