[M-net] Un message au premier tour: Par Abdel Kader Ould Mohamed, juriste, ancien secrétaire d’Etat.

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Ven 1 Déc 10:35:51 PST 2006


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*Un message au premier tour: Par Abdel Kader Ould Mohamed, juriste, ancien
secrétaire d'Etat.*
*Tahalil Hebdo du 24 Nov 2006*
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Les dépêches  relatives aux résultats partiels des élections législatives et
municipales font état d'un notable sucés  «des forces du changement ». Cette
charmante nouvelle  qui a fait le tour du monde serait, pour de nombreux
observateurs, le principal message de ce premier tour. Pourtant au-delà des
chiffres avancés, se cache une appréciation inexacte  des mots.





Il semble, d'ailleurs, que dans la préparation de ce scrutin, qui s'est
déroulé dans de bonnes conditions de sécurité et de transparence, le langage
politique a brillé  aussi bien par son absence que par son opacité.
En outre, la confusion des genres qui découle «d'une urgente lecture» à des
fins médiatiques et, même, souvent pour les besoins de la propagande, n'est
pas de nature  à faciliter une compréhension des enjeux réels de l'actuelle
compétition.
 Or il faudrait bien , au risque de heurter la sensibilité   de ceux qui
revendiquent, avec un ton euphorique, ce succès, jeter un regard sur la
nature  des forces qui ont été mises à contribution pour réaliser le
changement annoncé.
 Mise à part la percée, assez limitée, des islamistes et la confirmation, en
nette régression, d'un vote urbain, protestataire et anonyme  qui a toujours
profité aux  figures emblématiques de la contestation, il est permis de
constater  que les principales formations de la coalition  pour le
changement, laquelle, par la voix de ses sympathisants exaltés, se prend
pour un «cartel des gauches», doivent, et à quel prix ?!, leur poids à un
vote des plus conservateurs.
Pire, en plus de cette flagrante contradiction qui fait que les  pratiques
clientélistes décriées dans «le programme commun»du  cartel ont  été
déterminantes dans le prétendu succès, ce premier tour aura été marqué par
l'émergence d'une forte tendance  régionaliste  favorisée par «des
démocrates» qui se réclament d'une ambition nationale porteuse d'un projet
de société.
Dans de nombreux cas, le vote démocratique a été, comme il se doit, une
occasion rêvée pour des confédérations tribales de renouer, sournoisement ,
avec des antiques rivalités et, au passage, pour permettre à des hommes
politiques abîmés de régler des vieux comptes. Peu importe l'ancrage
idéologique des leaders d'opinion ou le programme politique des partis,
l'essentiel est de négocier, au bout d'un pragmatisme bien ancré dans les
mentalités, un rôle  dans la configuration du moment.
Il est bien facile d'objecter à ce constat que l'exercice de la politique
implique une prise en compte des réalités mais  il est, autrement plus
difficile pour  la plupart «des coalisés», qui ont légitimé le recours aux
pratiques décriées tout en les dénonçant, de donner au discours relatif au
changement, la moindre crédibilité.
 C'est, précisément, à ce niveau  que  la noble ambition du changement a
été dévoyée par l'obsession démesurée du pouvoir. Au vu des résultats du
premier tour, cette ambition souffre manifestement de l'éclatement, de la
duplicité et  contient, en son sein  les germes de la déception. A cet
égard, il  convient de remarquer que la plupart des formations politiques
qui ont été, à la suite d'un tapage médiatique sans précédant, rattachées à
la fracassante ambition du changement,  se  sont déjà révélées , au mieux,
des fictions romantiques et, au pire, des  alliances tribalo régionales mues
par des intérêts locaux.
 S'il faut, néanmoins, reconnaître que le principal acquis de cette promesse
tenue réside, finalement, dans  la préservation, tout au long de la campagne
et du  scrutin, de la paix civile, il faut garder à l'esprit que le message
profond que les Mauritaniens ont envoyé, au premier tour, tient au fait
indéniable qu'ils sont, à présent, profondément divisés voire, passionnément
désunis.
Dans la carte éclatée qu'ils ont tracée par leurs sentiments, on ne peut
plus, divergents,  ils ont quelque part, lancé un appel  à un homme qui
serait à la mesure de leur destin commun. Celui-ci devrait, forcément, se
situer au-delà de l'ombre  qui plane sur  un  paysage politique plus que
jamais transformé en multitude confuse. Il devrait malgré ou à cause des
pouvoirs exorbitants que la constitution lui confère, et dans l'intérêt de
la Mauritanie, se placer en juste arbitre au dessus de tous les partis et de
tous les indépendants.
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